A l’heure où les hommes de la ville passent pour nourrir les pigeons de viande transgénique avariée, Asthik rentrait seul, à pied dans les rues désertes de la cité endormie. Il regardait ces hommes courageux aux muscles saillants, qui lançaient la barbaque aux oiseaux fauves. Les passants pourraient passer ce matin sans se soucier des attaques des rats ailés qui couraient dans les rues à la recherche d’un petit déjeuner ; Asthik s’en foutait, il admirait les hommes habillés de cuir accomplir leur besogne.
Chemin faisant, Asthik s’affaissait. Il avançait l’échine courbée, sentant son énergie nocturne filer comme une anguille. Un sentiment de lassitude s’installa en lui juste avant qu’il n’atteigne la porte de sa demeure. Il ne pensait plus qu’à dormir, ce qu’il fit en deux temps trois mouvements. Au réveil, il ne se souvenait de rien.
Pourtant il s’en était passé des choses.
I.
Depuis qu’il savait quel monstre l’habitait (voir le double G), Asthik se sentait un peu triste. Les analyses poussées de Séliba, n’avaient rien donné en termes de solution concrète au mal qui le rongeait, même si celui-ci s’acharnait à faire des recherches et des essais pour trouver un remède.
Pour pallier au désespoir d’Asthik, les Vipères décidèrent de lui faire un petit cadeau. C’est Cyprin qui se chargea de trouver le présent. En observateur aguerri, il avait repéré une petite boutique au coin d’une ruelle de la capitale du pays. Elle n’était répertoriée sur aucune carte des commerces disponible dans les O.T.C (Offices du Tourisme de la Consommation) et elle n’était pas indiquée non plus dans la rue. L’étrangeté du fait avait attisé la curiosité de Cyprin qui se promenait en compagnie de L’homoover. Son attention avait été attirée par une petite devanture peinte en rouge qui ne payait pas de mine.
- Regarde chéri, dit Cyprin, je n’avais jamais remarqué cette boutique auparavant.
- Ce truc rouge tout défraichi ? Demanda L’homoover.
- Oui, c’est étrange, je suis passé là hier et elle n’y était pas.
- Tu n’avais pas dû la remarquer.
- Ce n’est pas possible, en plus tu vois bien qu’elle n’est pas indiquée dans la rue.
- Oui, c’est vrai. C’est étrange.
- Tout cela m’intrigue. Ça te dit d’y faire un tour pour voir ?
- Allons-y gaiement.
En s’approchant, Cyprin et L’homoover décryptèrent, ce qui n’était pas aisé, l’inscription en lettres gothique noires qui disait : Toute la magie pour vous. Ils échangèrent un regard complice et poussèrent la porte pour entrer dans la boutique. L’intérieur était tellement épuré qu’il n’y avait rien d’autre qu’un vendeur. Surpris de ne pas trouver tous les objets qu’ils avaient aperçus dans la vitrine en passant, Cyprin et L’homoover s’approchèrent, l’air interloqué, vers le vendeur. Celui-ci se tenait debout au milieu de la pièce, vêtu de blanc. Il avait un visage où l’on pouvait voir une ressemblance avec qui on le voulait.
- Tu ne trouves pas qu’il ressemble à La Prohibida, chuchota Cyprin.
- Non pas du tout, il a un air de Briteney, chuchota lui aussi L’homoover.
- Puis-je vous aider ? Demanda le vendeur d’une voix claire, coupant ainsi le conciliabule qui se tenait devant lui.
- Oui, répondit Cyprin. Nous sommes assez étonnés par votre boutique.
- Le vendeur resta silencieux, en position d’écoute attentive.
- Oui, nous pensions trouver une sorte de cabinet de curiosité à l’intérieur du magasin, dit L’homoover.
- Vous ne devez pas être au fait de ce qu’il se fait, justement, en matière de boutique de magie, répondit le vendeur avec une pointe de supériorité au bout de la langue.
- Pardonnez-nous, c’est la première fois qu’on entre dans une boutique de magie, répondirent Cyprin et L’homoover.
- Bon, ça va. Je pardonne votre ignorance, mais pas vous. Sachez, pour votre gouverne, que les boutiques de magie telle que vous l’imaginiez, n’existe plus depuis fort longtemps. Ça fait partie du folklore. Les objets dans la vitrine ne sont là que pour attirer les ignorants. Les boutiques de magie ont évolué avec leur temps mais les stéréotypes restent les mêmes. Dieu merci, c’est fini tous ces bazars pleins de bordel, de poussière et d’objets douteux. Nous proposons désormais des conseils personnalisés et adaptés aux besoins des clients.
- Génial, déclarèrent Cyprin et L’homoover.
- Nous apparaissons quand bon nous semble, continua le vendeur imperturbable, mais toujours au moment où quelqu’un à besoin de nous, d’ailleurs, si vous nous avez repérés et que vous êtes entrés dans la boutique, c’est que vous avez besoin de nos services.
- C’est vrai dit Cyprin. Nous recherchons quelque chose de particulier pour un ami.
- Laissez-moi deviner… Cet ami en question souffre en ce moment, il est triste et affaiblit, non ? Et sans attendre la réponse le vendeur reprit, il est terne et a perdu de ses couleurs à cause d’un événement traumatisant, ou de lavages intensifs à 60°C ? Alors j’ai ce qu’il vous faut.
Sans laisser le temps de réponse normalement accordé à tout interlocuteur, le vendeur sortit de nulle part une petite boite transparente contenant une grenouille figée.
- Qu’est ce que c’est ? Demanda L’homoover. On dirait une grenouille.
- Ce n’est pas une grenouille. C’est l’objet qu’il vous faut, répondit le vendeur du tac au tac.
- On a bien compris, mais à quoi sert-il et comment l’utilise-t-on ? demanda Cyprin.
- C’est simple, il faut juste cracher dessus et ajouter de l’eau dans le récipient et laisser la magie opérer. C’est écrit sur l’étiquette.
- Et que ce passe-t-il alors ?
- La grenouille se transforme.
- En prince charmant ?
- Tout ce que je peux vous dire, c’est que la magie s’adapte aux désirs de son possesseur.
- Intéressant, conclut Cyprin, on le prend.
Cyprin et L’homoover s’en allèrent, aussi gaiement que quand ils étaient arrivés, enchantés d’avoir trouvé l’objet qu’ils voulaient. Cependant cette boutique et ce vendeur les avaient laissés un peu perplexe, surtout le vendeur-Prohibida-Briteney. Tout cela était bien étrange mais en même temps ils avaient confiance…
II.
Comme tous les matins, Sexysperma allait chercher son pain à la boulangerie « La Flûte Épaisse ». Ce n’était pas vraiment pratique de s’y rendre. Il fallait traverser la place aux putes en sautillant sur la pointes de pieds, car elles dormaient en boule dans leurs manteaux de fourrure, épuisées par leur dur labeur de la nuit. Ensuite, il fallait traverser une grosse artère de la ville en évitant de se faire écraser comme une plaque de cholestérol. Malgré les dangers, le jeu en valait la chandelle, le boulanger était particulièrement séduisant dans son marcel blanc moulant qui laissait apparaître ses muscles bandés, tachés de farine de blé et d’orge, dessinés par l’effort quotidien du pétrissage de la pâte. C’était un beau spécimen, grand et brun avec une voix suave et un regard où régnaient les ténèbres.
Sexysperma faisait la queue se laissant aller à des rêveries sexuelles. Elle avançait petit à petit sans s’en rendre compte, perdue dans ses pensées, son arrivée au comptoir la fît atterrir de son état extatique.
- Vous désirez, mademoiselle ? demanda le boulanger aux muscles saillants, d’une voix tendre.
- Mettez-moi une flûte bien épaisse, répondit Sexysperma comme chaque matin, le regard en coin, un petit sourire sexy aux lèvres.
- Vous la voulez bien ferme comme d’habitude, je suppose, rétorqua le boulanger en se penchant à son oreille.
- Bien sûr, répondit Sexysperma, le regard embué de désir.
Le boulanger se tourna, tendit doucement le bras vers le présentoir à pain en faisant jouer ses triceps et tâta avec délicatesse plusieurs flûtes bien épaisses jusqu’à ce qu’il trouve celle qui convenait. Sexysperma se délectait de la vue de dos du boulanger qui avait un petit short, sous son tablier, tout aussi blanc et moulant que son Marcel. Quel bonheur ce pain quotidien qui pardonne nos offenses mais pas à ceux qui nous ont offensé, qui nous soumet à la tentation et ne nous délivre pas du mâle, se dit Sexysperma d’humeur religieuse. Elle paya en silence, sans lâcher du regard le boulanger sexy et partit sans se retourner.
Elle faisait le chemin du retour, le sourire aux lèvres en pensant à sa journée qui commençait bien et à la soirée qui était organisée pour offrir le mystérieux cadeau que Cyprin et L’homoover avait dégoté pour Asthik ; quand son attention fût attirée, au détour d’une rue, par une petite devanture rouge d’une boutique qu’elle n’avait jamais remarquée auparavant. Étrange, elle ne semblait pas être enregistrée sur les cartes des O.T.C. Il n’en fallu pas plus pour que Sexysperma décide de s’en approcher.
III.
Les Vipères se rejoignirent pour l’apéritif, entre 20 et 22 heures. Ils avaient convaincu Asthik de faire une before chez lui, prétextant qu’ils n’avaient nulle part d’autre où aller. Tous arrivèrent à peu près à l’heure, les bras chargés de bouteilles d’alcool et les poches pleines de drogues.
- Vous savez, les amis je suis content que vous soyez venu me voir, ça me fait chaud au cœur, déclara Asthik la larme à l'oeil.
- Mais c’est normal chouchoune. On est tes amis, on ne va pas te laisser tomber comme ça, ajouta Sexysperma.
- Merci... Mais vous savez, vous pouvez vous droguer devant moi, ça ne fait rien. La vie doit continuer comme avant.
- Super, intervint Herr.Ektor dont le septum pointait au bout de son nez, on va pas être obligé de se cacher comme à la vieille époque.
Tout le monde partit à rire jusqu’à presque mourir, quelqu’un mouilla même sa petite culotte et pour une fois ce n’était pas Pantysoiler.
Même s’ils étaient autorisés à prendre de la coke devant Asthik, les Vipères veillèrent à ne pas trop lui faire envie. Les festivités se déroulaient bien et il était temps d’offrir son cadeau à Asthik. Cyprin sortit de son sac une petite boîte empaquetée de moumoute rose qu’il tendit à Asthik.
- Oh, une boite recouverte de moumoute rose, s’exclama Asthik.
- Ouvres, ouvres et tu verras, lui répondit Cyprin avec précipitation.
Asthik prit son temps pour dénuder son cadeau. Il afficha cependant un air perplexe en découvrant un cylindre transparent, contenant une espèce de grenouille sèche mais néanmoins intrigante.
- Mais qu’est ce que c’est ?
- C’est une grenouille magique. On ne sait pas trop comment ça marche ni ce que ça devient mais le vendeur nous a assuré que c’était ce qu’il te fallait, répondit L’homoover.
- Je comprends pas, il me faut plus d’explications.
- Ben, en fait, on se promenait dans les rues de la capitale un jour de beau temps, ce qui est plutôt rare là-bas, quand nous sommes tombés sur une étrange boutique rouge, commença à expliquer L’homoover...
- C’était une boutique de magie comme on en avait jamais vu, continua Cyprin. Mais le plus important c’est ton cadeau. Il faut cracher dessus et ajouter de l’eau et la grenouille se transformera.
- En quoi ? s’enquit Asthik.
- On ne sait pas, c’est ça la surprise, répondit Cyprin.
- Cool, s’exclama Asthik, j’adore les surprises !
Asthik cracha avec application sur la grenouille et couru à la cuisine la noyer dans de l’eau.
- Est-ce qu’il y a une boutique comme celle-là à Notwin ? demanda Sexysperma.
- Pourquoi ? Tu en as vu une ici ? Demandèrent Cyprin et l’homoover.
- Oui.
- Tu y es entrée ?
- Heu non… j’avais pas trop le temps.
- Dommage dit L’homoover. Tu aurais rencontré un vendeur qui ressemblait à Briteney selon moi, ou La Prohibida selon Cyprin, et surtout il t’aurait vendu un objet en fonction de tes désirs…
- Ah bon, quel dommage, rétorqua Sexysperma l’air de rien.
L’Homoover continua ses explications aux autres qui étaient avides, eux, d’en savoir plus sur cette histoire. Cyprin ne prêta pas une oreille très attentive au récit, il observait Sexysperma qui affichait un air absent et un peu inquiet. Celle-ci se questionnait. Devait-elle leur dire qu’elle était entrée dans la boutique ? Si elle le disait, ils voudraient alors savoir ce qu’elle avait acheté et elle n’était pas sûre de vouloir leur dire la vérité sur ce point. Se doutaient-ils de quelque chose ? Cyprin s’approcha d’elle et lui demanda si ça allait.
- Oui, oui, lui répondit rapidement Sexysperma.
- Tu m’avais l’air pensif, ajouta Cyprin.
- Heu oui… c’est juste que je me demandais si j’avais bien nourri mes plantes grasses avant de partir.
- Ah, tu pensais à tes plantes, répliqua Cyprin suspicieux.
- Oui, pourquoi tu penses jamais aux tiennes ?
- Ben non.
Sur ce, Sexysperma esquiva la conversation et la fit tourner dans la même direction que celle des autres. Cyprin se doutait de quelque chose.
- Il faut attendre un temps non défini, était en train de dire Pseudome qui s’y connaissait bien en grenouille sèche magique.
- Et si on se bougeait le cul au concert de Firesperm, proposa Herr.Ektor. Asthik aura une surprise quand il rentrera et ça nous fera du bien.
Tout le monde était d’accord sur ce point, ça leur ferait à tous du bien ; les concerts de Firesperm étaient toujours une occasion de rencontrer de nouvelles personnes tout en assistant à une performance musicale unique.
Firesprem était particulièrement en forme ce soir là et de voir ses amis, les Vipères pleines d’énergie, l’avait ragaillardit. Il avait envie que ce concert ne soit pas comme les autres et il s’y attellerait.
Les Vipères, presque au complet, caquetaient autour d’une table en attendant le début du concert. Devant eux, il y avait un litre de bière belge ramené par Puttygirl et une carafe d’eau que L’homoover avait transformé en vodka. Chacun buvait s’en se soucier de la quantité. Régulièrement, ils allaient faire un tour aux toilettes pour se repoudrer le nez et revenir l’air de rien, les sinus pleins. L’ambiance était décontractée et les spectateurs attentifs.
Firesperm fit son entrée sur scène dans un jeu d’ombre et de lumière. Les premières notes de son claviers captivèrent l’attention du public. Il commença en douceur, à chanter une douce mélopée aux accents de trip hop où il était question de châteaux dans le ciel. Bientôt, le public allait découvrir que tout pouvait être sensuel, même les cendriers débordants de mégots, de cendres et de crasses en tout genre. Ovaria se prit d'affection pour un chewing-gum collé sous sa table et Pantysoiler se mit à caresser le genou d'un septuagénaire décrépit qui se laissa faire sans moufeter. Celui-ci se dit qu'il avait bien fait de fuguer de la maison de retraite où il croupissait, entouré de vieilles biques défraichies. Ce concert lui fit retrouver la mémoire, qu'il avait perdu dans un couloir, et il décida alors qu'il était temps maintenant de vivre une deuxième vieillesse. Il fallait rattraper le temps perdu et essayer toutes les drogues qu'il trouverait. Ce qu'il fit, dans les toilettes, pendant la performance de Firesperm.
Au fur et à mesure du concert, apparurent des petits Sylvains un peu partout. Ces petits êtres inoffensifs se mirent à lécher tout ce qui était à leur portée ; même le cochon d'inde d'Ovaria, qui n'en demandait pas tant, en roucoula de plaisir.
Des ondes cosmiques s'élevèrent du synthé magique de Firesperm vers le ciel étoilé. Comme des tentacules ondoyantes, elles pénétrèrent l'atmosphère, dépassèrent la terre et se propagèrent à la vitesse de la lumière dans l'espace et le temps. Traversant les galaxies sans s'arrêter, elles étaient comme attirées par un endroit précis de l'univers : la planète Sexua 1485B où dormait FraiseVinyl entourée de ses lémuriens favoris. Elle rêvait profondément et dans son rêve plein de latex, FraiseVinyl sentit une vibration douce et tendre lui caresser le creux poplité de la jambe gauche. La vibration se répandit jusqu'à ce que son corps entier entre en phase avec elle. C'était un appel sensuel qui venait d'ailleurs. La sensation se faisait de plus en plus intense jusqu'au point où elle fût obligée de se réveiller d'un seul coup en plein orgasme. Les petits lémuriens continuèrent à dormir sans se soucier des états émotionnels de la jeune fille. Ni une ni deux, elle se vêtit de ses plus beaux talons hauts (15 cm) et couru, aussi vite qu'elle le put, vers son rouge vaisseau spatial en forme de cœur. Elle programma le vol pour la source du signal qu'elle recevait, sans réfléchir au fait qu'elle quittait sa planète pour une durée indéterminée.
Asthik, rentrant après le fabuleux concert de Firesperm, avait oublié qu'il avait laissé chez lui une grenouille en pleine transformation. Sur le chemin, il s'en souvint et se posa mille questions. Très vite, l'impatience le gagna et c'est au pas de course, élégamment comme toujours, qu'il fit le reste du chemin. Il sema le vieillard complément défoncé, qui le suivait avec le secret espoir d'être invité à gouter aux plaisirs de sa chair. Le vieillard pris conscience que mémoire retrouvée ne signifie pas jeunesse retrouvée, il reprit alors le chemin de son logement collectif, entre vigueur et résignation, rejoindre une ou deux poulettes de son âge.
Asthik retrouva à son arrivée, un homme grand et blond, nu, étendu sur le sofa. C'était un prince-très-charmant. Il avait le visage carré, le torse sculpté et possédait des attributs forts appétissants. Il dormait, totalement abandonné aux bras de Morphée. Asthik était heureux, c'était absolument ce dont il avait besoin en ce moment. Il s'approcha doucement du prince-très-charmant, doucement, pour l'admirer de plus près, de plus en plus près, jusqu'à effleurer la peau du bel hidalgo ensommeillé. Un frisson parcouru l'échine du prince-très-charmant et les premier signes de son réveil purent se lire sur son corps chaud. Asthik sourit et le prince aussi...
Le temps s'écoula vite ou lentement, cela dépend de comment on le prend mais il passa aussi surement qu'une envie de Mont Blanc.
Au réveil, Asthik était fébrile. Il avait hâte de présenter son prince-très-charmant à tous ses amis. Ils avaient passé beaucoup de temps serrés l'un contre l'autre à se découvrir sans se parler étant donné qu'ils avaient souvent la bouche pleine de mots qu'ils ne pouvaient pas dire. Leurs seuls échanges vocaux se résumaient en une série de râles d'intensité variée. Une pensée fugace traversa la tête d'Asthik. Un doute persistait, une angoisse pointait le bout de son nez mais Asthik chassa tout ça d'un mouvement de tête. 8H30. Il prit son téléphone pour appeler Sexysperma, en prenant une pause à la Lady Gaga. Il fallait mettre ses amis au courant au plus vite, même si sa gorge le faisait un peu souffrir à cause de l'exercice qu'il s'était offert toute la nuit.
- Hey Sexy !
- Salut moumoune, répondit Sexysperma la voix encore endormie, ça roule?
- Ça roule bien putain !!! J'ai eu une super surprise en rentrant.
- Ah oui ? Sexy se sentait intriguée malgré les relents d'alcool qui lui embrumaient le cerveaux.
- Oui. Tu sais la grenouille, elle s'est transformée en un prince-très-charmant et on a baisé comme des fous toutes la nuit.
- Non !
- Si !
- Dis m'en plus. Je veux savoir.
- Ben... on a commencé par se...
- Non, ce n'est pas ça que je veux savoir, le coupa Sexysperma. Il a un nom ce nouveau venu?
- A vrai dire... on a pas encore vraiment parlé, c'est malpoli de parler la bouche pleine si tu vois ce que je veux dire...
- Oui, je vois bien.
- Là, je vais me recoucher un peu mais je crois qu'il serait bien que ce soir on se retrouve autour d'une ou deux bouteilles de vin blanc pour que je le présente à tout le monde.
- Je m'occupe d'alerter tout le monde, après tout c'était le cadeau commun que nous t'avons offert.
- Super Sexy, à toute alors.
- A toute.
Sexysperma raccrocha son combiné téléphonique, interloquée mais heureuse pour son ami. Il était tôt, elle se rendormit en se faisant un listing mental des Vipères à prévenir et reprit le cours de son rêve doux et coloré où il était question d'amour de gloire et de beauté.
Pendant ce temps, le vieillard avait réussi à pénétrer la maison de retraite dans laquelle il logeait habituellement.
Doucement, sur la pointe des pieds qu'il avait très grands, il passa dans les couloirs comme une ombre fantomatique au milieu de la nuit. Il avait retrouvé son agilité de chat et comptait bien en profiter. Il s'introduisit dans la réserve et versa les restes de drogues, qu'il avait volé discrètement, au cours de la soirée qui avait changé le cours de sa vieillesse, dans les bonbonnes d'eau et les carafes de vin, les légumes surgelés et la purée en poudre qu'ils mangeraient tous demain. Avant d'aller se coucher, comme si de rien n'était, il fit un petit détour dans la chambre de Gertrude, sa voisine de palier à la poitrine lourde et aux cheveux violets. Il lui restait quelques gouttes de GHB, qu'il avait précieusement gardées. Gertrude dormait la bouche ouverte comme à son habitude depuis des années. Le septuagénaire fit tomber trois gouttes du précieux liquide dans la bouche offerte de la vieille endormie. Il attendit quelques minutes, le temps que le produit fasse son effet, et lui donna un baiser tendre et langoureux comme à ses 20 ans.
Gertrude lui rendit son baiser et l'attira tout contre elle, la tête entre ses seins généreux en lui susurrant tendrement à l'oreille :
« Baise moi, mon beau trouvé. Baise moi jusqu'à la mort qui n'a que trop tardé. Baise moi même si je ne suis pas fardée. Baise moi mon beau trouvé et fais moi chanter les temps oubliés. Fais moi pleurer, fais moi crier et me rappeler. Une dernière fois, je veux aimer comme jamais je n'ai rêvé, comme toujours je l'ai désiré. Baise moi, mon beau trouvé. Baise moi jusqu'à la mort qui n'a que trop tardé. »
Les larmes coulaient sur leurs visages ridés, mais cette fois-ci ce n'était pas parce qu'on les avait oubliés mais parce qu'ils se souvenaient du goût de l'éternité.
Le soir venu, les Vipères étaient à nouveaux réunies chez Asthik, entassées dans son petit salon fuchsia à la déco surprenante. Sur la table rose, s'étalaient les victuailles. Alcools divers et saucisses sèches, mnms magiques et farine bio d'argentine, tout était là pour passer une bonne soirée. Pantysoiler qui avait une culotte propre et les cheveux accordés aux couleurs de l'appartement échangeait des banalités avec Sexysperma qui portait ses célèbres boucles d'oreilles en Légos. Ovaria, elle, caressait son cochon d'inde qui bavait en dormant, tout en parlant avec Cyprin qui prenait de la drogue par le nez en l'écoutant presque attentivement... bref, les Vipères s'impatientaient un peu.
Asthik voulait ménager son effet. Il avait caché son prince-très-charmant dans son placard.
- Bon les amis, comme vous le savez déjà, j'ai quelqu'un à vous présenter, déclara tout à coup Asthik qui attendait le moment opportun pour se lancer.
- Oh Ouiiiiiiiiiiii, crièrent les amis impatients de découvrir l'être caché dans le placard.
- Mais avant tout , il faut que vous sachiez qu'en ces temps difficiles et aux vues des derniers événements qui se sont passés, je voulais vous remercier de m'avoir offert ce cadeau divertissant qui a su me redonner le sourire comme vous pouvez le constater.
Les Vipères constatèrent.
- Le seul problème est qu'il semble muet.
- Ah bon, intervient Cyprin. Il a peut être un défaut de fabrication.
- Ou peut être qu'il était périmé et que le vendeur s'est foutu de notre gueule, ajouta L'homoover.
- Non, non, je ne crois pas, dit Asthik. De toute façon, ce n'est pas grave. Vous savez, il sait très bien se faire comprendre.
- Oui, oui, on sait, répondit Ovaria, Sexy nous a mis au parfum. Après tout, il ne vit que depuis peu. Peut être faut-il lui apprendre à parler ? et puis, avec nous, il sera bien obligé de se faire comprendre d'une autre manière qu'avec toi Asthik.
- Alors, si tu nous le montrait enfin, intervint Pantysoiler, on pourra se faire une idée plus précise.
- Oui, c'est vrai. Je vais mettre fin au suspense et je vais de ce pas, ouvrir la porte du placard et vous montrer mon prince-très-charmant.
Asthik se dirigea vers la dite porte. Panty en tremblait de fébrilité tandis que Herr.Ektor reprenait une ligne de vin blanc lyophilisé que la bouillonnante Sexy avait amené. Tous les regards étaient tournés vers le placard. Asthik en ouvrit doucement la porte. Une lumière dorée envahit l'espace progressivement et une forme s'en découpa jusqu'à devenir une silhouette, puis un homme blond au regard de braise et à la peau halée. Le prince-très-charmant fit sa sortie du placard. Les Vipères étaient ébahies devant une telle beauté. Le bel adonis vêtu d'un petit slip blanc souriait. Tous s'en approchèrent et tournèrent autour de lui, ce qui n'avait pas l'air de le déranger. Ça avait même l'air de lui plaire...
La soirée avait repris son cours mais personne n'était arrivé à tirer autre chose du prince-très-charmant qu'un sourire mielleux.
- C'est bizarre tout de même qu'il ne fasse rien d'autre que sourire, chuchota Sexysperma à l'oreille de Cyprin.
- Je crois savoir pourquoi, susurra Cyprin, qui n'avait pas arrêter de réfléchir à tout cela.
- Ah oui, alors dis moi vite pourquoi monsieur-je-sais-tout, ordonna Sexysperma sur un ton irrité.
- Bon, qu'est ce qu'il y 'a Sexy, je te sens sur la défensive depuis hier.
- Rien, rien, c'est juste que j'ai mes ragnouffes aujourd'hui.
- Hier, c'était tes plantes et aujourd'hui tes ragnagnas, je me demande si tu ne caches pas quelque chose.
- Bon ça suffit, je ne cache rien et puis ce n'est pas le sujet de notre conversation. Dis moi ce que tu présumes pour ce prince-très-charmant -très-étrange, exigea Sexysperma intransigeante comme jamais.
- Hou-la, t'énerves pas, je vais te le dire. Je pense que c'est un sextoy vivant tout simplement, voilà !
- Bon sang menstruel, mais c'est bien sûr ! Comment n'y avons nous pas pensé avant ?
Les Vipères regardèrent avec intensité et une pointe de jalousie, le prince-très-charmant qui était lové contre Asthik.
- Moi, en fait, je m'en fous qu'il ne parle pas. C'est le plus merveilleux sextoy du monde. Il remplit parfaitement sa fonction et en plus il pourra m'aider pour faire les courses. Que demander de plus.
- C'est vrai, que demander de plus, susurra la pensive Ovaria qui tenait en laisse son cochon d'inde qui reniflait les pieds du prince-très-charmant.
Le cochon d'inde émit un petit couinement et repartit comme un éclair se cacher dans les bras de sa maîtresse, collé à ses protubérances mammaires.
- Qu'est-ce qui se passe petit cochon d'inde ? demanda Ovaria à son animal tremblotant. N'aie pas peur, il ne te fera rien, il n'est utilisable que par et pour les humains.
- Qu'est ce qu'il a ton truc ? demanda Asthik.
- Je sais pas. Il est pas comme ça d'habitude. Je suppose qu'il est impressionné. C'est la première fois qu'il rencontre un sextoy vivant.
- Fais lui boire un peu de vodka, ça le détendra un peu, intervint L'homoover. D'ailleurs, j'en boirais bien une petite bouteille, ce qu'il fit en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
La fête battait son plein et les Vipères étaient au summum de leur excitation. Tout le monde se trémoussait le popotin avec entrain, Cyprin ayant exécuter un petit bootyshake pour l'occasion.
- Bon, il faut qu'on sorte un coup les amis, il faut qu'on aille voir ce qui se passe en ville, déclara Herr.Ektor qui n'en pouvait plus de rester en place.
- Tu as raison, répondit Cyprin. On prend nos vestes et on va faire bootyshaker la ville jusqu'à l'aurore.
Tout le monde s'affaira en un tourbillon de couleur, car Sexysperma avait dégainé sa palette magique pour redonner un peu de tonus à l'ensemble. Ni une ni deux, les Vipères étaient dans la rue, marchant gaiement vers l'aventure.
- Merde, j'ai oublié mon prince-très-charmant à la maison, s'écria tout à coup Asthik. J'aurais dû le prendre avec nous, il aurait appris un tas de chose.
- Je suis pas sûre que tu en aies réellement besoin, mais on est pas très loin, on va t'y accompagner, les rues ne sont pas encore trop sûres, répondit Sexyspema.
Toute la petite bande rebroussa chemin jusqu'à l'appartement d'Asthik.
En entrant, les Vipères découvrirent le prince-très-charmant, nu, les yeux écarquillés, de la C plein le nez et la table rose vidée de ses restes.
Merde, il a pris tous les restes ! s'exclama Herr.Ektor.
Le prince-très-charmant, visiblement excité, regarda Asthik avec intensité. Des braises, au fond de ses yeux, semblaient briller. Ses lèvres remuèrent.
- Regarder, il va parler, cria Sexysperma.
Un murmure se fit entendre et les premières notes de musique retentirent dans l'appartement. Pseudo.me reconnu aussitôt la chanson de 1970, mais n'eut pas le temps de le dire, le prince-très-charmant commençait à chanter, le regard rivé dans les yeux d'Asthik.
- Laisse-moi t'aimer, toute une nuit...
Un sextoy qui chante du Mike Brant, ça ne s'était jamais vu. Les Vipères écoutèrent donc avec respect, même si ce n'était pas leur tasse de vodka musicalement parlant, tout en se balançant de droite à gauche, bien évidemment serrés les uns contre les autres. Néanmoins, pendant la chanson, il y avait comme un malaise général. L'air se faisait de plus en plus rare. Au fur et à mesure, le prince-très-charmant gonflait sa poitrine jusqu'au moment où il entama pour la deuxième fois le refrain.
- Laisse-moiaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Son souffle se mit à faire trembler les murs.
- aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Les Vipères se retenaient à ce qu'elles pouvaient, la peau de leur visage bougeait au rythme du vibrato du prince-plus-très-charmant, un peu comme pendant un saut en chute libre.
- aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Une sorte d'ouragan venait de naitre dans l'appartement et Asthik ne semblait se rendre compte de rien, il était comme hypnotisé.
- aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
- Il faut faire quelque chose, cria quelqu'un.
- aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Le son était devenu insupportable. Comme les ondes d'un micro onde font vibrer les particules d'eau, celles du prince-de-moins-en-moins-charmant faisaient vibrer les particules d'alcool, les Vipères crurent qu'elles allaient finir par se transformer en barriques de vin chaud.
- aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
L'homoover, qui avait trop bu, disparut.
- aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Il fallait faire quelque chose. Pantysoiler concentra alors tous ses pouvoirs, de toutes ses forces, vers le prince-pas-très-charmant. Tout se passa alors très vite. Le prince frappé par les pouvoirs de Pantysoiler mouilla abondamment et en plusieurs spasmes la culotte qu'il n'avait pas. Rivière de foutre, lac de cyprine, Pantysoiler la petite coquine y était aller un peu fort car tout le monde avait participé à cette explosion liquide. L'avantage était que le chant du prince-plus-très-charmant s'était terminé en un râle de jouissance.
Les décibels avaient cessé ce qui permit à Ovaria d'entendre son cochon d'inde couiner à tue tête. Elle lui pressa le ventre en criant : « Vas-y pète petit cochon d'inde ! ». Celui-ci s'exécuta en envoyant des gazes paralysants, avec une précision extrême, dans les narines du prince-vraiment-beaucoup-moins-charmant. Celui-ci tomba aussitôt raide évanoui. Herr.Ektor saisit des câbles Ethernet qui trainaient au sol, pour les transformer en liens de cuir solides et s'empressa de saucissonner, comme il savait si bien le faire, le bel hidalgo paralysé, tel une paupiette de veau sautée. On ne change pas une technique qui a fait ses preuves, se dit-il. Pantysoiler, quant à elle, finit le travail en bâillonnant, d'un geste assuré de maîtresse dominatrice, l'homme endormi, avec sa propre culotte.
Les Vipères étaient sous le choc, la culotte était propre.
Asthik reprit ses esprits. Il se sentait comme un dindon farci, ce qui n'est pas tout à fait équivalent à la sensation d'un rôti farci.
- Mais, mais... que s'est il passé? demanda Asthik.
- J'ai réussi à garder ma culotte propre et j'en ai fait un bâillon pour ton prince-pas-très-charmant, répondit Pantysoileur.
- Je vois, mais la question est : pourquoi ?
- Il chantait « Laisse moi t'aimer » avec beaucoup trop de vigueur, on a failli finir comme des barriques de vin chaud.
- Mais... mais...
- Oui, c'est vrai, intervint Sexyseperma. Il semblerait que le prince-plus-trop-charmant ait beuglé un peu trop fort. C'est surement encore un coup du méchant démon Criz. Cyprin, L'homoover, êtes-vous bien sûr que la boutique de magie ne soit pas un coup du démon pour nous mettre encore à l'épreuve?
- Je ne pense pas, répondit prestement Cyprin. Tu sais que pour trouver de bonnes boutiques, mon sixième sens ne se trompe jamais.
- C'est vrai. Et toi, L'homoover, qu'en penses tu ?
Tout le monde tourna la tête dans tous les sens pour essayer de trouver L'homoover. Ils eurent beau retourner tables et chaises, regarder dans les toilettes, le frigo, la salle de bain, les placards, rien n'y fit. La seule trace de L'homoover résidait en une simple flaque de vodka. L'homoover avait bel et bien disparut.
- L'homoover a bel et bien disparu, dit Sexysperma devant l'évidence du fait.
- Merde, dit Cyprin. Qui va transformer les liquides en vodka maintenant ?
- T'inquiètes pas mon chéri, on trouvera une solution. Maintenant, est-ce-que quelqu'un a une idée, une hypothèse sur cette disparition ? rajouta-t-elle d'une voix décidée, à l'attention de toutes les Vipères présentes.
- Je pense qu'on va en savoir plus, répondit Asthik, car la scène a été filmée.
Étonnement général.
- Alors là, on attend des explications supplémentaires de ta part Asthik, ajouta Ovaria, mécontente d'avoir été filmée contre son grée.
- Bon, en fait, je voulais savoir ce qu'il se passe dans mon appartement quand je suis pas là. Il me semble que des objets bougent quand je suis absent, alors j'ai mis au point un système qui enclenche ma webcam quand je sors de l'appartement.
- Ça, c'est une drôle d'idée, souffla Ovaria.
- On en débâtera plus tard si tu veux bien, choucroute cendrée. Le plus important est qu'on puisse avancer. Il faut qu'on regarde la vidéo.
Asthik se dirigea vers son ordinateur et grâce à une petite manipulation, lança une petite vidéo. Les premières images étaient celles d'Asthik et du prince-qui-était-encore-charmant en plein ébats sexuels.
- Houps, cria Asthik, qui se dépêcha en quelques microsecondes de passer en vitesse très rapide, l'orgie qui avait eu lieu un peu plus tôt dans l'appartement et tout le reste.
Les vipères purent apercevoir l'étendue des positions sexuelles dont était capable le prince-plus-très-charmant, une pointe d'étonnement et d'envie dans le regard.
- J'enregistre quand je sors pour voir si les objets bougent quand je suis pas là... Mon œil de vipère oui ! dit Ovaria de façon à ce que sa remarque soit audible.
- Ah ! On arrive au passage intéressant, s'exclama Asthik comme s'il n'avait rien entendu.
La vidéo était de très bonne qualité, filmée en Hache Cul. Les Vipères regardèrent le prince-encore-charmant-à-ce-moment commencer à prendre de la Cocaïne. Il ne semblait plus pouvoir s'arrêter. Il se traçait frénétiquement des lignes de plus en plus grosses, qu'il sniffait aussi vite qu'il les dessinait, il en fit même une très longue en forme de bite. Puis, il prit une plus grosse paille, probablement un manche d'aspirateur, et inspira à fond jusqu'à tout ce qui se trouvait sur la table, même les cendriers pleins, finisse dans son nez. Powerfull, il déchira alors son slip à la force de son sboub. Sur l'enregistrement, les Vipères arrivèrent.
- Passe un peu plus rapidement s'il te plait Asthik, qu'on en arrive à ce qui nous intéresse, intervint Firesperm, et qu'on évite d'entendre à nouveau son chant ou plutôt son cris de canard laqué au citron vert.
Asthik s'exécuta.
- Attends. Reviens un peu en arrière. Fais un gros plan sur L'homoover, sature un peu les couleurs pour que ce soit plus beau et passe le tout au ralentit, pria Firesperm.
Asthik s'exécuta à nouveau.
- Regardez, il se crée une espèce de tornade d'ondes autour de L'homoover. Je pense que ce qui s'est crée un espèce de trou spatiotemporel, dans lequel L'homoover s'est engouffré.
Les images parlaient d'elles même.
- Qu'est ce qu'on peut faire ? demanda Cyprin juste pour la forme.
- Rien, répondit Firesperm. Il a été projeté dans une autre dimension.
- Nous n'avons plus qu'à prier la divine Divine pour qu'elle le protège là où il aura atterrit, dit d'un ton solennel Pseudo.me.
Les Vipères prièrent une seconde. Elles ne pouvaient rien faire d'autre pour le moment.
Quelqu'un sonna à la porte. C'était Séliba qui arrivait au bon moment. Les Vipères étaient soulagées de le voir et de lui raconter tout ce qui venait d'arriver. Elles lui montrèrent la vidéo et le mirent au courant de toute l'histoire et de leurs premières déductions. Séliba fumait en réfléchissant aux éléments qu'il venait d'apprendre, mais aussi un peu à son dernier amant qu'il avait laissé attacher aux barreaux de son lit. S'il survit alors je le garderai peut être encore un peu, se dit-il. Il se tapa une ligne du fameux vin blanc lyophilisé et se concentra, silencieux. Les Vipères scrutaient son visage qui ne laissait rien paraître, puis, au bout de quelques minutes retournèrent à leur bières qui étaient beaucoup plus intéressantes. Trois lignes de vin blanc, deux bières et cinq cigarettes plus tard, Séliba se racla la gorge.
- Je crois que l'explication est super logique, dit Séliba d'une voix suave.
- On t'écoute, répondit Asthik.
- N'oublie pas Asthik que tu es encore un double G.
- Merci de me le rappeler choucroute pourrie.
- C'est une réalité et tu dois faire avec choucroute garnie. Mais je te dis cela simplement car c'est un élément important dans la compréhension de ce qu'il s'est passé ce soir. Je m'explique. Le Gay Garou est encore en toi car je n'ai toujours pas trouvé de remède et il fait donc partie intégrante de toi. Chaque cellule de ton corps contient une moitié d'ADN frelatée et quand tu as craché sur la grenouille, tu as transmit ton ADN, le bon et le mauvais.
- Alors, c'est une sorte de prince double G, lança Sexysperma.
- Oui, en quelques sorte, mais je penche plutôt pour une sorte de mutation unique qui ferait du sextoy vivant, un prince à double face. Et là encore, la Cocaïne y joue le rôle de catalyseur dans le processus de transformation. Asthik, tu pourras sortir ton prince du placard où tu l'as rangé, à condition qu'il ne prenne plus jamais de Coke, tout comme toi. Alors sois prudent, ne laisse rien trainer dans ton appartement.
- Pour ça, pas de problème. J'ai presque retrouvé ma virginité nasale. Je suis désintoxiqué du nez, mais personne ne doit rien laissé trainer chez moi les amis, lança Asthik à ses amis.
- Okay chef, on aspirera bien tout avant de partir. En tout cas, compte sur moi, dit Herr.Ektor en souriant que d'un côté. En attendant, on va te laisser te remettre de toutes ces émotions.
- Oui, je crois que j'en ai besoin.
- Allez les Vipères, on va se coucher, lança Cyprin.
- D'accord, mais chacun dans son lit ? s'enquit Pantysoileur.
- Oui, chacun dans son lit Panty, rétorqua Cyprin.
L'heure était venue de rentrer et personne ne pouvait rien n'y faire. Tout le monde se prépara à retourner chacun chez soi avec plus ou moins d'enthousiasme. Le jour n'allait pas tarder à se lever et tous préféraient regagner leurs appartements avant l'aube, pour ne pas avoir à remarquer les ravages que le temps infligeait à leurs visages. Ainsi, le temps, ce cruel despote, pouvait continuer à garder les rennes de son royaume en main.
En atterrissant à Notwin Pinktown, à l'heure où l'on confond chiens et loups, à l'heure où les hommes de la ville passent pour nourrir les pigeons de viande transgénique avariée, FraiseVinyl avait perdu le signal. Une sorte d'horrible chant de canard laqué avait parasité son tableau de bord, mettant HS son radar, alors qu'elle entrait dans l'atmosphère. Elle avait eu tout juste le temps de mémoriser le point d'atterrissage indiqué par son ordinateur. En l'occurrence, le jardin du grand carré. Il était entouré de grilles en fer forgé assez hautes et fermées à double tour le soir, mais FraiseVinyl l'ignorait. Vu du ciel on avait l'impression d'une arène de combat faite de pelouse rase, d'arbres et de bosquets variés, avec un plan d'eau en son centre.
FraiseVinyl sortit de son vaisseau vêtue d'une combinaison intégrale de vinyle, perchée sur ses talons de 15 cm incrustés de diamants. Un corset de cuir vernis marquait sa taille et une frange radicale marquait son front. Elle ne savait pas comment retrouver l'origine du signal mais la chance lui sourirait peut être un peu plus tard. Pour l'instant, elle devait explorer cet univers bien loin du sien et pourtant si proche. Rien ne lui laissait présager le crêpage de chignon qui s'annonçait. En attendant, FraiseVinyl avançait d'un pas léger mais sûr, dans les allées du parc, laissant son regard glisser sur les merveilles végétales qui l'entouraient.
Tout à coup, derrière elle, une blonde bien modelée quoi qu'un peu vulgaire, de 1m80 de hauteur (talons compris), surgit des bosquets, vêtue d'un tout petit bikini doré. Elle avait à la ceinture, un sèche cheveux chromé et un fer à friser, et avançait d'un pas décidé droit sur FraiseVinyl qui ne l'avait pas vue. C'était une Cindy 3095C, un modèle que l'on croyait éteint, mais qui pourtant, avait refait surface après l'explosion qui avait insufflé la vie mauvaise aux poupées gonflées, le jour de la genèse. Elle pressa le pas jusqu'à courir et se jeta sur FraiseVinyl pour la plaquer au sol.
La première attaque avait surprit FraiseVinyl qui se retrouva bloquer à terre en train de mordre la poussière d'une allée. Cindy 3095C profita de l'effet de surprise pour bloquer la tête de FraiseVinyl entre ses seins siliconés et dégainer son fer à friser. La pauvre FraiseVinyl ne voulait pas mourir étouffée, ni frisée. Elle se débattit, comme elle le pouvait, en gigotant ses jambes dans tous les sens pour essayer de se défaire de l'emprise de la Cindy 3095C qui était assise sur elle, à califourchon, essayant de lui friser les cheveux en l'étouffant avec ses mamelles de plastique liquide. FraiseVinyl, en un coup de rein, arriva à passer ses jambes autour du cou de la blondasse et la faire basculer au sol pour ainsi renverser la situation, comme dans un match de catch. FraiseVinyl était maintenant debout. Elle la tenait en joue avec un de ses talons aiguille dont était sortit un mini pic de cristal. La pointe acérée était appuyée sur le sein gauche de Cindy 3095C.
Malgré sa position de faiblesse, celle-ci avait réussit dans sa chute, à dégainer, d'on ne sait où, une bombe de laque ultra fixante. Elle aspergea violemment FraiseVinyl au visage qui détourna la tête pour éviter le jet de laque, ce qui eut pour résultat de lui faire une drôle de coiffure. Cindy 3095C profita de cet instant pour se relever et se préparer à bondir, toujours armée de son fer à friser chromé, déterminée comme jamais à lui pourrir sa coupe de cheveux jusqu'au bout. FraiseVinyl était aveuglée par ses cheveux figés devant les yeux.
Le deuxième impact de Cindy 3095C les projeta dans la boue autour du plan d'eau, où les canards habituellement barbotent et se trémoussent du popotin. Elles roulèrent ensemble dans une étreinte glissante et enragée à base de lacération, d'arrachage d'extensions, de muscles bandés et luisants et de petits cris féminins. Elles se retrouvèrent rapidement à l'eau, les tétons au garde-à-vous, encore plus moulées dans leurs vêtements qu'elles ne l'étaient déjà. FraiseVinyl se releva prestement et d'un geste prompt rabattit ses cheveux en arrière. Cindy 3095C l'imita. Elles entamèrent alors un combat de regards dégoulinant de rimmel et de mascara. Le temps semblait suspendu entre les deux femmes, s'interdisant un instant à reprendre le fil de sa course.
FraiseVinyl fut la plus rapide à passer à l'attaque, elle ouvrit d'un geste rapide le haut de sa combinaison pour libérer ses seins armés de nippies burlesques qu'elle fit tourner de plus en plus vite. Cindy 3095C surprise par le vent chaud qui déferlait sur elle, crut qu'un sèche cheveux géant était à sa disposition. Elle en profita alors pour se sécher les cheveux naturellement, le dos cambré et la tête penchée en avant. Hé oui, Cindy 3095C était tellement conne que c'en était de l'hérésie (c'est pas moi qui le dit c'est Sexy Sushi). Les fabricants n'avaient pas jugé utile qu'elle ait un cerveaux trop construit. FraiseVinyl profita de la diversion pour lui asséner deux tartes dans la gueule et un crochet du gauche bien placé. Cindy 3095C en eut le souffle coupé et retomba lourdement au sol. Sans plus de préavis, FraiseVinyl exécuta un petit saut de biche et lui asséna un coup de talon-aiguille-pic-de-cristal dans chaque seins, en criant : « Crève chiennasse ! ». La dite chiennasse ne se fit pas prier pour se dégonfler, comme un matelas pneumatique, en un bruit de pet de fouffe.
Quel accueil étrange, se dit FraiseVinyl. Cela n'avait pas l'air d'une coutume locale, enfin elle l'espérait. Maintenant qu'elle s'était débarrassée de l'enragée qui l'avait agressée, FraiseVinyl pouvait reprendre le fil de son exploration. En se retournant, elle remarqua deux silhouettes qui la regardait.
Firesperm et Sexysperma se raccompagnaient mutuellement, dans la pénombre de la fin de la nuit, à cette heure où le monde apparaît sous un autre jour, à cette heure où l'on peut croiser la mort rentrer chez elle, repus de son orgie nocturne. Firesperm et Sexysperma s'en fichait, ils passaient leur chemin de façon nonchalante, quand une série de bruits suspects attira leur attention. Ils se rapprochèrent alors des grilles en fer forgé du jardin du grand carré. Ils échangèrent un regard complice et curieux. Il restait suffisamment de pouvoir à Sexysperma, malgré la nuit qui déclinait, pour transformer une épingle à cheveux en un passe-partout doré. Ils ouvrirent sans mal les grilles, qui grincèrent de plaisir, pour aller voir ce qu'il s'y tramait.
De loin, ils assistèrent au combat de FraiseVinyl avec la Cindy 3095C. Firesperm manifestement émut par ce qu'il voyait, fit un pas en avant pour aller secourir la jeune fille à la frange radicale et au corset de cuir vernis.
Sexysperma arrêta Firesperm dans son mouvement. D'un geste, elle le retint.
- Attends. Laisse la faire, on verra si elle est digne d'être l'un des nôtre.
- Mais...
- Non, il ne faut pas intervenir. Si elle s'en sort alors on pourra la compter dans nos effectifs. Si elle se fait battre, cela signifiera qu'elle n'est pas assez forte pour affronter à nos côtés le méchant démon Criz et ses sbires.
Firesperm se résigna à attendre la fin du combat dont il ne loupa pas une miette, ce qui le mit en appétit.
Quand FraiseVinyl acheva la poupée trop gonflée, Firesperm sentit une vague d'inspiration monter en lui, comme une érection musicale. Il se mit à fredonner une mélodie qui lui venait directement de son cerveaux droit, alors que FraiseVinyl se dirigeait vers eux. Les ondes sensuelles du chant de Firesperm arrivèrent aux oreilles de celle-ci. Elle reconnut aussitôt le signal qui l'avait mené jusqu'ici. Elle pressa le pas et se rapprocha des silhouettes mais n'avait d'yeux que pour la forme longiligne de Firesperm. Ils se trouvèrent face à face, les yeux dans les yeux.
- C'est toi que je cherchais.
- C'est toi que j'attendais.
Un nuage de volutes chaudes et veloutées, pleines de tendresse, les enveloppait de volupté. Pour eux, le temps n'avait plus de prise. Ils se regardèrent en silence, se parlant sans émettre un seul son. Il soufflait une douce brise. Ils se regardèrent en silence, leurs visages rayonnant de passion.
- Je crois qu'ils se sont trouvés, dit doucement Sexysperma. Il est temps pour moi de les laisser.
Déjà ces deux là s'embrassaient, s'embrasaient. Sexysperma se retira sans un bruit, il n'y avait pas de place pour une troisième personne. Sexysperma l'avait bien compris. Elle alluma une cigarette, un sourire au lèvre et pris le chemin de sa maison, laissant tomber les cendres dans le caniveau, elle continua seule son chemin dans les rayons du petit matin, le cœur allégé par la rencontre à laquelle elle venait d'assister.
Quelques jours étaient passés depuis les derniers événements. Le temps était gâté et l'automne pointait le bout de son nez. Les feuilles mortes planaient sur la ville comme l'ombre des amours mortes des poètes maudits. La nature préparait sa dernière éjaculation faciale de l'année, haute en couleurs, tandis qu'une histoire étrange de maison de retraite devenue maison des plaisirs, défrayait la chronique.
Asthik n'invitait plus personne chez lui car il voulait profiter de son prince-redevenu-charmant et ne voulait pas prendre le risque de provoquer un autre cataclysme en l'exposant à la drogue que ses amis avaient l'embêtante habitude de laisser trainer. Pendant que Firesperm et FraiseVinyl œuvraient ensemble à la création d'univers oniriques, Pantysoiler vendait, sur internet, les culottes sales qu'elle avait récupérées l'autre jour. Rien ne se perd dans le monde des Vipères, tout se crée et tout se transforme. Sexysperma restait étrangement silencieuse et Cyprin était bien décidé à découvrir son secret. En résumé, l'Ennui guettait toute la petite bande.
Justement, Herr.Ektor s'ennuyait fermement et il détestait ça plus que tout. Son chat Miaouw avait encore déserté ses appartements et il voulait le retrouver. Herr.Ektor s'équipa de ses habits de cuirs pour aller explorer le jardin. Il fallait bien cela comme protection, car les plantes pouvaient être vraiment très méchantes si elles étaient de mauvaise humeur. Pseudo.me les avait bien apprivoisées, mais elles restaient quand même des plantes sauvages aux réactions peu prévisibles et à la fâcheuse habitude de goûter à la chaire humaine. Un peu trop ou pas assez d'eau, de soleil, d'ombre, de vent ou d'engrais et elles devenaient des végétaux sans pitié, affamés, prêts à sacrifier une ou deux fleurs ensorcelantes au parfum morbide, pour pouvoir s'abreuver de sang frais.
Herr.Ektor, bien arnaché pénétra son petit enfer vert avec prudence. Par chance, la saison voulait que les plantes soient un peu plus engourdies que pendant l'été et il pu commencer son exploration sans avoir à faire trop attention. Il appelait son chat mais celui-ci ne venait pas. Herr.Ektor s'enfonçait de plus en plus loin dans son jardin, contournant les branches d'un if qui cherchaient à se replanter un peu plus loin pour semer son poison, évitant les pièges ouverts des dionées et les tubes glissants des sarracenias. C'est tout au fond de cette jungle occidentale que Herr.Ektor vit Miaouw sortir d'un fourré comme si de rien n'était, la queue dressée en panache, le port de tête altier.
- Ah, te voilà. Mais où étais tu passé ?
- Miiiaaaouuuwww, répondit le chat en se frottant contre ses jambes.
Herr.Ektor voulut prendre le petit félin dans ses bras mais celui-ci ne voulait pas. Le petit lynx apprivoisé, ou presque, échappa à son étreinte et se dirigea vers un objet brillant qui dépassait du sol.
- Tiens, mais qu'est-ce donc?
- Miaaouw, répondit le chat avec un air sérieux mais néanmoins supérieur.
Herr.Ektor déterra un objet brillant sali par des années d'enterrement et Miaouw repartit se perdre dans son territoire comme si sa mission était terminée. Comme c'est étrange, se dit Herr.Ektor. L'objet en main, il décida de rentrer le nettoyer.
Depuis petit je les comprends. Je connais leurs mots, leur langage châtié et je peux communiquer avec eux quand bon me semble. Par contre, pour eux c’est plus dur de comprendre toute la complexité qui fait de moi un être supérieur, d’ailleurs je ne manque pas de le leur faire remarquer. Après tout, ils sont là, à ma disposition, pour répondre à mes envies et désirs, aussi furtifs soient-ils. C’est vrai qu’en échange, je leur procure un plaisir certain quand je me laisse caresser, masser, cajoler, et que je m’abandonne totalement à leurs mains pleines de reconnaissance d’être à mon service. Par plaisir, je veux parler de ce même plaisir qu’ils éprouvaient en serrant l’objet transitionnel de leur enfance, et pour moi aussi le souvenir d’une mère enveloppante. C’est le meilleur moyen de se rassurer quand on est sujet, comme moi et presque tous ceux de mon espèce, à des angoisses très fortes. Notre supériorité nous donne ce défaut. Nous sommes régis par nos habitudes et pouvons basculer facilement vers un univers plein d’angoisse et de pulsions meurtrières, et nous changeons vite d’envie. Ceci explique aussi nos penchants addictifs pour les relations privilégiées avec eux, addiction partagée avec nos aliénés bien sûr.
J’envisage la relation avec mon serviteur privé comme une étroite collaboration inter-espèce visant à combler le manque. Dans cette relation chacun y trouve son compte même si mes capacités sensorielles sont nettement supérieures aux siennes et me permettent de le contrôler par le son ou même par la pensée, en un regard. Quelques fois, je me fais le jeu d’une petite expérience où je reste stoïque, le regard fixe et l’esprit concentré et il finit par venir me questionner sur mes envies. Le plus souvent, m’ouvrir la porte ou me nourrir. Mais son esprit si étriqué, si peu ouvert sur l’infini ne peut malheureusement tout comprendre, la faute au conditionnement qu’il a reçu étant enfant, coutumier chez les membres de son espèce. Bref, je lui suis supérieur et il est mon esclave personnel même si nous éprouvons un attachement intense l’un à l’autre. Quand on s’est choisit mutuellement, il savait que j’allais être exigent, cela faisait partie de mes conditions d’acceptation. Je mérite toute l’attention du monde quand je le désir, c'est-à-dire tout le temps.
Quand il se réunit avec les autres membres de son espèce, je me tiens à distance car ils deviennent incontrôlables. Il y en a qui ont peur de moi, de mon regard intense, de mon charme, de mes armes, de mes poils… et d’autres qui veulent absolument me tripoter, s’autorisant à poser leurs sales pattes sur ma personne soignée sans que je ne l’aie exigé. Je ne me laisse pas faire sans les rappeler à l’ordre d’une bonne claque, avec l’option scarification s’ils sont trop insistants, ou en croquant légèrement leurs protubérances glabres qui leur servent de pattes. Quelques fois, j’assiste à des scènes qui me laissent perplexes. Ils se meuvent de façon étrange et désarticulée sur fond de musique rythmée. Ils boivent, fument, respirent des lignes de poussière blanche, ce qui n’arrange pas leur façon de se mouvoir et qui en même temps semble réellement leur plaire. J’ai du mal à comprendre leurs rites, peut être sont-ils trop primitifs. Peut-être essayent-ils de convoquer les forces obscures que je connais si bien, celles que je contiens uniquement par ce que je le veux bien.
Vous me trouvez condescendant ? Pourtant sans moi, mon esclave personnel n'aurait jamais découvert cet objet au fond du jardin, qui je le sais, aura pourtant une importance capitale dans vos vies. Sans moi, vous n'êtes rien. Maintenant que vous le savez vous n'avez plus qu'à vous prosterner devant moi quand vous me verrez, car je suis Dieu.
Pendant ce temps, Séliba était reparti dans un endroit de sa convenance, où il avait complétement oublié un amant attaché aux barreaux d'un de ses lits, en l'occurrence celui d'un des ses douze colocataires qui était absent quelque temps. L'amant négligé n'avait pas supporté son absence et s'était laissé dépérir. Séliba n'éprouva aucun remord en le retrouvant complétement desséché. Ce n'était pas un si bon amant, sinon il ne l'aurait pas omit, et puis il était un pu trop creux à son goût. Il en retrouverait d'autres sans problème grâce à son charme légendaire et son GHB salivaire. Il se débarrassa de la dépouille dans un sanibroyeur et décida d'aller faire un tour dans les allées pluvieuse de la ville où il avait élu domicile.
En errant dans les rues, Séliba tomba nez à nez avec la fameuse boutique de magie dont ses amis lui avait parler. Il entra dans l'échoppe et ressortit avec un livre ancien, qui ne contenait qu'une page, sous le bras en se disant que le vendeur ne ressemblait pas du tout à la Prohibida ni à Britheney mais plutôt à la Biggest-Disco-Queen-Of-The-World. Ce livre, il en était sûr, leur apporterait des solutions. Ni une ni deux, Séliba reprit le chemin de fer pour Notwin Pinktown en ayant pris soin de prévenir ses amis de son arrivée imminente.
Sexysperma avait eu vent d'une soirée privée qui devait se tenir dans un appartement de la ville. C'était le lieu parfait pour tous se retrouver. Cela permettrait à tout le monde de sortir un peu du marasme qui les guettait en attendant l'arrivée de Séliba.
Les habitants du lieu-dit essayaient avec toute la bonne volonté du monde et toutes leurs énergies réunies de faire en sorte que la soirée soit bonne, mais il n'en était rien. Les Vipères s'emparèrent immédiatement de la musique pour la remplacer par leur fabuleuse playlist allant d'Abba à Sexy Sushi. Sexysperma mit un peu de couleur à l'ensemble et Cyprin, grâce à son secret petit pas de danse, lança un bootyshake endiablé dans l'assemblée. C'est à ce moment que Séliba décida d'arriver.
Les Vipères prirent possession d'une chambre pour tenir une réunion au sommet, sans avoir oublié, bien sûr, leurs provisions de drogues et d'alcools. Sexysperma prit la parole en premier.
- Séliba, tu nous as convoqués car tu avais une information capitale à nous communiquer.
- En effet, je suis tombé par le plus grand des hasards auquel je ne crois pas du tout, sur la fameuse boutique de magie dont vous m'aviez parlée.
- Je suppose que tu y es entré, toi ? demanda Cyprin en regardant Sexysperma qui détourna aussitôt les yeux.
- Oui et j'en suis ressorti avec un livre de magie. Je pense qu'il contient la solution. Enfin, c'est ce que le vendeur-Britheney-Prohibida-Biggest-Disco-Queen-Of-The-World m'a certifié. Néanmoins, il ne contient qu'une seule page vierge et celle ci doit se remplir en fonction de la question que l'on va poser et il ne peut servir qu'une fois.
- Mais qu'attendons nous ? Posons la cette question, intervint Herr.Ektor toujours aussi impatient qu'il se passe des choses enfin intéressantes.
- Je crois que c'est à Asthik de la poser, dit Sexysperma.
Toutes les Vipères se tournèrent vers Asthik qui était collé à son prince-redevenu-charmant. Il rougit légèrement devant l'attention qui lui était porté. Tous se regroupèrent autour de lui et du livre ancien d'une seule page. Séliba ouvrit le livre et Asthik posa sa question.
- Comment faire pour nous guérir, moi et mon sextoy ?
Les Vipères virent alors des lettres noires d'une écriture élégante apparaître sur l'unique page blanche du livre ancien. Le message suivant s'inscrivit :
Recette
1 Prenez un ou deux êtres contaminés
2 Placez les au centre d'un pentagramme de foutre pailleté
3 Prenez une baguette de virginité
4 La formule magique en agitant la baguette vous prononcerez
5 Laissez le charme agir
Attention :
Ce livre s'autodétruira si vous possédez tous les éléments nécessaires à la réalisation du rituel, vous disposerez alors de 13 min et 13 secondes pour exécuter, sans faute, cette recette.
PS : N'oubliez pas que toute magie a un prix.
Les Vipères eurent juste le temps de lire ces quelques lignes et le livre s'autodétruit. Il leur restait 13 minutes et 13 secondes pour tout faire comme il avait été écrit.
Première minute :
Les Vipères reprirent leurs esprits.
Seconde, troisième et quatrième minutes :
Les Vipères n'avaient pas le temps de se perdre en tergiversations. Il fallait que ça aille vite. Sexysperma prit les rennes des opérations.
- Apparemment, nous avons en notre possession tous les éléments nécessaires à la réalisation du rituel et je crois que je suis en capacité de mener à bien la suite des opérations, annonça Sexysperma. J'ai pris des cours de magie, il y a fort longtemps.
- Tu ne nous en a jamais parlé, dit Cyprin.
- Non, c'est vrai. Mais nous n'avons pas assez de temps pour que je vous l'explique. Pantysoiler et Asthik vous serez chargés grâce à vos pouvoirs, de récupérer assez de foutre pour le pentagramme. Pendant ce temps, nous en tracerons l'esquisse au sol avec des paillettes.
- Mais pour la baguette et la formule, comment allons nous faire ? s'enquit Cyprin.
- Je te rappelle que si le livre s'est autodétruit, c'est que nous possédons tous les éléments, ajouta Sexysperma. Ne paniquons pas. Est-ce-que quelqu'un aurait une baguette dorée en forme de gode très fin et veiné, avec en sa base deux boules et en sa terminaison de petits fils argentés ?
- Oui, répondit Herr.Ektor à l'étonnement général. J'ai trouvé quelque chose comme ça dans mon jardin, grâce à mon chat, et je l'avais amené pour que Séliba y jette son œil expert.
Herr.Ektor sortit l'objet en question de son sac à dos. C'était exactement ce qu'avait décrit Sexysperma.
- Génial, s'écria celle-ci. Ne perdons pas de temps et passons à l'action.
Cinquième, sixième, septième et huitième minutes :
Asthik et Pantysoiler avaient rejoint la fête qui continuait dans la pièce d'à côté. Ils savaient ce qu'ils avaient à faire pour récupérer ce qu'ils devaient. Pendant ce temps les autres Vipères jetèrent les meubles encombrants de la chambre par la fenêtre et tracèrent un joli pentagramme au sol en mettant en commun toutes leurs paillettes.
Neuvième minute :
Asthik et Pantysoiler revinrent dans la chambre.
- Ça y est nous avons la quantité de liquide suffisante, annonça Asthik.
Dixième et onzième minutes :
Les Vipères mirent une touche finale au pentagramme et invitèrent Asthik et son Prince-redevenu-charmant à se placer au centre de la figure géométrique.
Douzième et treizième minutes :
- Bien, tout est prêt. Mais tu ne nous as pas dit Sexy, comment tu comptais t'y prendre pour la formule magique, déclara Cyprin, et il nous reste un peu moins d'une minute et 13 secondes.
La tension était à son comble, le stress marquait les visages des Vipères.
- Oui, je sais, mais laissez moi quelques secondes pour improviser quelque chose. Je sens l'inspiration magique monter en moi, répondit Sexysperma.
Sexysperma était concentrée. Elle semblait désormais comme habitée et l'on pouvait sentir, dans la pièce, une énergie incroyable converger vers elle. Elle prit la baguette de virginité, l'agita en mouvements circulaires en direction du pentagramme et commença à déclamer :
- Comme une vierge touchée pour la première fois, il faut que tu sois...
Puis, après une courte pause de deux secondes, Sexysperma reprit en criant, les yeux révulsés :
- Par le pouvoir du gode ancestral, je vous rends vierge de toute dégradation...
Il ne restait que 13 secondes...
Des arcs électriques sortirent de la baguette de virginité par les fils argentés qui étaient en son bout, pour créer une sorte de cage énergétique autour d'Asthik et de son sextoy totalement épileptiques. Sexysperma, elle aussi, était prise de soubresauts.
Tout s'arrêta d'un seul coup. Sexysperma, Asthik et son sextoy tombèrent au sol inanimés.
Pantysoiler se précipita sur Sexysperma pour lui asséner un petit spanking bien placé, dont elle a le secret.
- Aïe, mais ça va pas, s'écria Sexysperma en se réveillant.
- Désolé, mais il te fallait bien ça pour que tu reviennes parmi nous, lui répondit Pantysoiler.
- Wahou, en tout cas, la sensation était géniale, s'exclama Sexysperma en reprenant ses esprits.
- Merci, je suis plutôt douée pour le spanking.
- Te vexes pas Panty mais je parlais de cette énergie qui m'a traversée. J'ai eu l'impression d'avoir un orgasme. Mais Asthik et son prince ?
- On essaie de les réveiller.
En effet, les Vipères les secouaient comme des pruniers en leur assénant des tartes dans la gueule. Mais rien n'y fit.
Soudain, le tonnerre gronda. Un nuage noir tourbillonnant s'était formé au dessus de l'immeuble où se déroulait l'action. Un nuage qui ne présageait rien de bon. Un éclair traversa la totalité de la construction pour s'abattre au centre du pentagramme. La déflagration projeta Asthik en dehors du symbole ésotérique, mais le prince reçut la décharge électrique de plein fouet.
Les Vipères avaient été aveuglées par l'éclair. Il leur fallut un petit temps pour que la persistance rétinienne s'estompe et qu'elles puissent voir à nouveau. Elles découvrirent alors un prince transformé en une chose immonde, dégoulinant de mauvais goût, une forme de mal absolu, une forme indescriptible au sexe proéminent (c'était apparemment le prix à payer pour l'utilisation de la magie). Son regard brillait de mille flammes qui n'étaient pas celles de la passion. La méchanceté l'habitait. Devant l'air perplexe des Vipères qui ne savaient vraiment pas comment ni quoi regarder, il rit d'un rire sombre et gras.
Aussitôt, les Vipères se mirent en position de combat. Ovaria tenait son petit cochon d'inde en joue, Sexysperma avait dégainer sa palette de fard à paupière et Cyprin ses manchettes à paillettes, Herr.Ektor croisait ses bracelets, Pantysoiler et Ellair se concentraient, pour des raisons différentes, sur ce qu'elles allaient faire... bref, tout le monde était en place, sauf Asthik encore assommé.
Un premier combat de regard commença, mais ce n'était pas chose aisée car les yeux de la chose, qui fût un prince-très-charmant, n'arrêtaient pas de changer de place. On aurait dit une mauvaise ré-interprétation cubique du représentant du pouvoir en place. Les Vipères l'avaient bien compris, elles avaient affaire à un des sbires du méchant démon Criz. Elles étaient bien décidées à ce qu'il n'ait pas le temps d'ouvrir sa bouche, qu'il avait affreuse et baveuse.
Sexysperma lança les hostilités en abaissant sa palette de fard à paupière, projetant ainsi un arc en ciel de couleurs. Mais la couleur ne tenait pas sur la chose, à cause de la texture visqueuse de sa peau. Celle-ci se mit à rire à nouveau en voyant les couleurs couler au sol pour créer une toile à la Pollock.
- Putain, tu m' dégoûtes !!! cria Sexysperma.
C'était un cri qui venait du fond du cœur et tout le monde était d'accord. La chose se mit à rire encore plus fort et son haleine était pestilentielle. Les vipères, proches de l'écœurement, résistaient à cette attaque odorante comme elles le pouvaient.
- Faites gaffe, il pue la gonorrhée et les chlamydioses, cria Séliba dont le flair aiguisé de pinochatologue reconnu avait su reconnaître le danger. Il est bourré d'I.S.T. le salaud !
La chose rit de plus belle et l'odeur s'intensifia au point que les Vipères se mirent à vomir, ce qui plut beaucoup à la chose qui se trouvait dans son élément. Elle profita de la diversion pour se mettre à faire tourner son sexe turgescent qui frappa les Vipères affaiblies par leurs vomissements. Herr.Ektor avait évité l'attaque en se plaquant au sol dans le vomi de ses amis. Les voyants ainsi abasourdis, étourdis dans leur dégueulis comme n'importe quel quidam un soir de Saint Patrick, Herr.Ektor sentit la colère monter en lui. Colère, qui prenait de l'ampleur et remuait ses tripes de l'intérieur. Il ne pouvait pas laisser cette chose faire du mal à ses amis.
- C'est tout ce dont vous êtes capables bandes de petites merdes dégénérées ? demanda le monstre. Je vais tous vous inséminer, vous enculer jusqu'à ce que ma bite ressorte par votre bouche. Priez, pauvres scarabées avant de finir empaler. HAHAHAHAHAHAA !!!!
- Tu ne toucheras pas à mes amis, hurla Herr.Ektor, violet de colère.
La fureur habitait Herr.Ektor. Ses muscles gonflèrent et ses tatouages se mirent à se mouvoir sur sa peau. Son t-shirt se déchira. Les spirales tatouées prenaient vie. Elles se détachèrent en partie de son corps et comme des cobras de cuir noir se dressèrent tout autour d'Herr.Ektor, prêtent à déchainer leur courroux. En un éclair, les spirales de cuir entourèrent la chose comme un boa constricteur, serrant, serrant, serrant et serrant encore, transmettant toute la fureur d'Herr.Ektor. La chose était complétement immobilisée, saucissonnée, garrottée, ficelée et les liens de cuir serraient, serraient et serraient plus fort, transmettant toute la fureur d'Herr.Ektor. La chose, déjà difforme, ne ressemblait plus à rien. Les Vipères se relevèrent et Sexysperma saisit d'une main la baguette de virginité qui trainait au sol et de l'autre main sa palettes de fard à paupière.
- Les amis, concentrons nous. Conjuguons nos pouvoirs pour conjurer le mauvais sort, cria Sexysperma.
Un nouvel éclair sortit de la baguette de virginité mais cette fois-ci pour se diviser et traverser chacune des Vipères, les unissant les unes aux autres, leur donnant des pouvoirs supplémentaires, les conjuguant à tous les temps. Une boule disco d'énergie festive se forma au dessus de leurs têtes et illumina la pièce, de ses mille facettes. Elle resta quelques secondes suspendue, tournant sur elle même, puis partit comme un flash électrique pour tuer la bête. La chose l'ingéra puis implosa, et la matière visqueuse et purulente qui la constituait, se métamorphosa en une pluie de paillettes scintillantes de couleurs, une pluie de paillettes qui filait par la fenêtre, inonder la ville. Les quelques résistants de la nuit qui trainaient furtivement dans les rues furent surpris par la pluie brillante.
Les vipères admirèrent la pluie de paillettes, un sourire de soulagement aux lèvres.
Les Vipères avaient vaincu le monstre de mauvais goût et les paillettes échappées par la fenêtre, donnèrent, à chaque personne qu'elles touchèrent, quelques secondes de bonheur. La baguette de virginité disparut.
PROLOGUE
A l’heure où les hommes de la ville passent pour nourrir les pigeons de viande transgénique avariée, Asthik rentrait seul, à pied dans les rues désertes de la cité endormie. Il regardait ces hommes courageux aux muscles saillants, qui lançaient la barbaque aux oiseaux fauves.
Chemin faisant, Asthik s’affaissait. Il avançait l’échine courbée, sentant son énergie nocturne filer comme une anguille. Un sentiment de lassitude s’installa en lui juste avant qu’il n’atteigne la porte de sa demeure. Il ne pensait plus qu’à dormir, ce qu’il fit en deux temps trois mouvements.
Au réveil, il ne se souvenait plus de rien mais se sentait vierge de partout.